La sélection en vol EOPAN

La sélection en vol est l’étape qui réunit les candidats ayant réussi la phase de présélection.

Mettant les EOPAN à l’épreuve lors d’exercices en vol, son but est le suivant :

Sélectionner les futurs pilotes de l’aéronautique navale

Quelques informations clés de la sélection en vol :

  • Lieu : BAN Lanvéoc-Poulmic
  • Escadrille d’affectation des EOPAN : Escadrille 50S
  • Durée de la sélection en vol : 6 à 8 mois
  • Nombre de candidats par promotion : environ 15 EOPAN
  • Nombre de promotions par an : Généralement 3 (La Alpha, la Bravo, puis la Charlie)
  • Avions utilisés par l’Escadrille 50S : CAP-10 et SR 20

Lors de la sélection, les EOPAN vivent sur base. Au travers de cet article, je vais essayer de vous décrire au mieux leurs activités au sein de l’EIP/50S (l’Ecole d’Initiation au Pilotage), que ce soit au sol ou en vol.

Les activités au sol

Arrivée sur la BAN de Lanvéoc-Poulmic

Tous les ans, c’est généralement trois promotions d’EOPAN qui s’échelonnent. Fonction du déroulement de leur processus de présélection et du calendrier de l’EIP, ils rejoindront soit :

  • La promotion Alpha (début d’année)
  • La promotion Braco (milieu d’année)
  • La promotion Charlie (fin d’année)

Et dans de très rares cas, la promotion Delta. (Une promotion complémentaire en cas de besoin)

Encore civils, la quinzaine de candidat(e)s sont réunis pour leur intégration sur la BAN de Lanvéoc-Poulmic. Ils découvrent alors rapidement leurs logements sur base puis l’Ecole d’Initiation au Pilotage.
Si tout va bien, ils y passeront 6 à 8 mois. Mais la sélection peut s’arrêter à tout moment pour les candidats qui seraient éliminés. De manière générale, 30 à 50% des EOPAN réussissent la sélection en vol.

La BAN de Lanvéoc, en plus d’être le repaire de l’EIP/50S, abrite différentes Flottilles d’hélicoptères. C’est notamment sur cette base que les jeunes pilotes d’hélicoptères font leur navalisation.

Peu de temps après leur arrivée à l’EIP, les candidats signent leur premier contrat d’engagement avec la Marine. (A part s’ils exerçaient auparavant une autre profession dans la Marine. Certains tentent le cursus EOPAN en interne.)

Apprentissage de la théorie du vol

Le début des vols est précédé par plusieurs semaines de travail au sol. Je vais passer en revue les principaux axes de travail des EOPAN.

Les principes de pilotage

Les principes de pilotage regroupent un ensemble de connaissances sur la théorie du vol. Ils forment un prérequis pour aborder la sélection en vol. Les PDP font l’objet du passage d’un test écrit qui permet de valider les connaissances des élèves.

Les checklists

Les checklists sont des documents qui décrivent chronologiquement les actions à faire dans l’avion. Elles permettent d’effectuer les tâches dans le bon ordre et de n’oublier aucune action importante. Chaque phase de vol à sa checklist :

La visite pré-vol, le démarrage, le roulage, le décollage, la vent arrière, l’atterrissage, etc...

Elles sont établies en fonction des recommandations du constructeur de l’avion mais sont adaptées suivant les besoins des opérateurs. L’EIP dispose donc de ses propres checklist pour opérer ses CAP-10.

Les EOPAN doivent les connaître par cœur et être capable de les restituer sans fautes durant leurs vols de sélection. L’apprentissage des checklist se fait donc très rapidement après l’arrivée à l’EIP.

Le MTA

Le Mémento du Travail Aérien est une documentation qui détaille les différentes procédures et exercices qui seront pratiqués lors des vols de sélection. Il décrit par exemple comment un exercice vrille doit être effectué, quelles sont les actions à appliquer etc.

Cette documentation est propre à l’usage que la Marine fait de ses CAP-10. Les procédures peuvent donc être différentes de ce que l’on pourrait trouver dans un aéroclub exploitant un CAP-10.

Des cours en classe viennent approfondir l’apprentissage de cette documentation très détaillée.

Les amphis-cabine

Afin de mentaliser plus facilement toutes les check et les procédures, les EOPAN peuvent faire des amphi-cabine. L’idée est de s’installer à bord d’un CAP-10 pour mimer les gestes à appliquer (l’EIP dispose désormais d’un cockpit fictif dédié à cet usage).

Les amphi-cabines sont parfois réalisés à 2 pour favoriser l’entraide et le partage de connaissances.

Le simulateur

Afin de mieux préparer les vols, L’EIP s’est également dotée d’un simulateur de vol. Elle a d’ailleurs la volonté d’améliorer ce simulateur pour faire évoluer la formation des EOPAN.

L’anglais

Les EOPAN pratiquent l’anglais tout au long de leur sélection en vol, et cela pour plusieurs raisons :

  • L’anglais est la langue aéronautique internationale.
  • Les coopérations militaires avec des pays étrangers sont courantes.
  • Une partie des EOPAN passera dans les écoles américaines de l’US Navy.

Un professeur d’anglais dispense donc régulièrement des cours aux promos d’EOPAN pour les faire monter en compétence. Ils y apprennent la phraséologie pour gagner en aisance dans les procédures radio. Cela est complété par l’écoute d’audios d’échanges réels entre des avions et des contrôleurs aériens.

Pour compléter cet entraînement, durant les vols de sélection, les communications radio se font en anglais.

Enfin, des cours d’anglais général sont dispensés en vue du passage du TOEIC en fin de cursus.

Le sport

Tout comme l’anglais, le sport est une composante omniprésente de la sélection en vol. Un professeur de sport se tient à disposition pour donner des cours de sport dès qu’il n’est pas possible de réaliser des vols (cause météo par exemple).

Les séances de sports sont principalement orientées autour du renforcement musculaire, de la course à pied et de la natation.

Cela permet aux élèves d’avoir une bonne condition physique pour les vols de la sélection puis pour leur futur métier de pilote. Une bonne condition physique permet d’être plus endurant, combatif, et de mieux résister aux contraintes physiologiques liées au vol (facteurs de charge, vibrations, etc…)

Le CESSAN

Au cours de leurs vols les pilotes de l’aéronavale évoluent principalement au-dessus de l’eau. Pendant leur passage à Lanvéoc, il réalisent donc le stage CESSAN (Centre d'Entraînement à la Survie et au Sauvetage de l’Aéronautique Navale).

Il y passeront les épreuves détaillées ci-dessous

La gloutte

Il s’agit de la reproduction d’un habitacle d’aéronef monté sur un bras robotisé. Le bras situé au bord d’une piscine permet d'immerger l’habitacle pour reproduire un crash en mer. Il est capable de simuler le retournement de l’habitacle sous l’eau pour augmenter le réalisme de l’exercice.

Différentes configurations d’habitacles permettent de reproduire les différents aéronefs de la Marine (chasseurs, hélicoptères ou avions de patrouille maritime).

Les EOPAN sont donc formés aux gestes qui les sauveront en cas de crash en mer. Des moniteurs leurs montrent les réactions à avoir, les observent et les corrigent aux cours de divers exercices.

Survie en mer et hélitreuillage

Lors du stage CESSAN, les élèves pilotes sont mis à la mer pour pratiquer les procédures de survie. Ils verront notamment l’utilisation des matériels de sécurité tels que : gilets de sauvetage, canots de survie, fusées de détresse, etc...

Cette séance peut se terminer par un hélitreuillage, qui reproduit donc, les pratiques réelles de sauvetage.

Apprentissages militaires

Lors de la sélection en vol, un adjudant est chargé de l’instruction militaire des EOPAN. Sa mission est de transmettre aux élèves l’apprentissage des différents codes militaires comme : marcher au pas, saluer, s’adresser à sa hiérarchie, etc… Les élèves officiers pilotes de l'aéronautique navale sont des militaires et des marins avant toutes autres choses.

En vol

Passons désormais à l’objet principal de cette sélection : les vols ! Et commençons par détailler la machine sur laquelle ils se déroulent.

L’avion de la sélection : Le CAP-10

La sélection en vol se fait sur l’avion CAP-10. Construit par la société Mudry, il a effectué son premier vol en 1968 et a été construit à plus de 300 exemplaires.

Très utilisé en aéroclub pour l’apprentissage et la pratique de la voltige aérienne, cet avion n’a plus à faire ses preuves. Il est véritablement reconnu pour ses qualités de vol.

Caractéristiques de l’avion

  • Envergure : 8,06 m
  • Longueur : 7,16 m
  • hauteur : 2,55 m
  • Vitesse maximale : 340 km/h
  • Masse max : 830 kg
  • facteur de charge : +6g / -4,5g
  • Motorisation : Lycoming AEIO 360 de 180 CV

Particularités de l’avion

Le CAP-10 a néanmoins des particularités qu’il est intéressant de passer en revue !

Le train classique

Il est doté d’un train classique. C’est à dire que son train principal est à l’avant et qu’il est muni d’une roulette de queue.

Si cette configuration permet de réduire la trainée par rapport à un train tricycle, cela le rend plus instable lors des phases ou l’avion roule. C’est le cas lors des roulages, du décollage et de l’atterrissage.

Les avions à train classique sont réputés plus difficiles car demandent des réactions rapides et justes au niveau du palonnier (et parfois des freins) pour éviter que l’avion ne fasse une sortie de piste ou un cheval de bois (l’avion fait un tête à queue).

Cette instabilité est plus marquée sur les pistes en dur, ce qui est le cas de la piste principale de la BAN de Lanvéoc. La vigilance doit donc être accrue, surtout si le vent est de travers. Les avions ayant une tendance naturelle à se mettre nez au vent.

Un biplace de voltige côte à côte

La plupart des avions de voltige biplace ont des configuration d’habitacles en tandem. Les occupants sont donc l’un derrière l’autre. Dans le cas du CAP-10 Le moniteur se trouve juste à votre droite.

Sur le plan pédagogique cela permet au moniteur de vous montrer plus facilement comment entreprendre les actions de pilotage. Mais il pourra également observer votre manière d’agir dans l’avion. Il voit directement votre attitude, votre manière d’appliquer les procédures, vos circuits visuels, etc.

Il semblerait que cette configuration génère un peu de stress :)

Les vols de sélection

La sélection est composée de 14 vols qui s’échelonnent de S0 à S14.

S0 étant un roulage avec application des check-list, et S14 étant un vol test qui validera, ou non, la réussite de la sélection en vol. Ce dernier vol est constitué d’exercices choisis par le moniteur parmi le panel de tout ce qui a été vu durant la sélection.

Entre ces deux moments les élèves pratiquent des vols sur secteur et des vols de tours de piste.

Les vols sur secteur permettant d’aborder des exercices de maniabilité, de navigation et de voltige. Et les vols de tours de piste permettant de pratiquer les phases de décollage, d’atterrissage et d’atterrissages forcés.

Les vols de sélection durent, en moyenne, 1 heure.

Préparation des vols

Un peu plus haut nous avons vu l’étude théorique liée aux vols. Les EOPAN disposent d’une salle de classe dans laquelle ils révisent les procédures et les exercices à l’étude. Ils doivent aussi remplir le tableau blanc devant lequel ils brieferont leur prochain vol avec leur moniteur.

Briefing et Debriefing

Tous les vols sont précédés d’un briefing durant lequel l’élève et le moniteur échangent sur les procédures, la navigation et les exercices qui seront effectués durant le vol.

De manière générale, c’est l’élève qui présente les différents éléments du vol et le moniteur qui vient compléter les informations supplémentaires. Il est à même de poser différentes questions de connaissances à son élève.

Les vols dont le système de notation est détaillé ci-dessous se concluent par des débriefings. Le moniteur demande à l’élève d’avoir un regard critique sur son vol puis lui fait part de ses différentes remarques. Le debrief permet de soulever les axes de progression pour les prochains vols.

La notation des vols

Les vols de sélection sont régis par un système de notation qui permet de suivre vols après vols le niveau et la progression de chaque EOPAN. Deux systèmes de notation cohabitent 

Le code couleur

Tout d’abord, les vols sont notés par un système de code couleur.

Chaque sous-exercice du vol est noté via une couleur, puis une couleur globale est attribuée au vol en question. Voilà la signification des couleurs :

  • Rouge = mauvais
  • Jaune = insuffisant
  • Vert = passable
  • Bleu = bon
  • Croix bleue = Excellent
Fiches d’observation

Les fiches d’observation viennent compléter la notation par code couleur. Elles interviennent en cas de non-respect des procédures ou de manquements qui impacteraient la sécurité.

Conseils d’instruction

Dans le cas ou un EOPAN à un excès de vols jaunes ou de fiches d’observation,  un Conseil d’Instruction (CI) est organisé. Il s’agit d’un entretien entre l'élève et plusieurs moniteurs de l’EIP/50S. L’élève sera questionné sur ses manquements et les moniteurs statueront sur sa poursuite dans le cursus de sélection ou non.

Rien n’est vraiment établi, certains candidats peuvent être éliminés dès le premier CI alors que d’autres poursuivront malgré plusieurs CI. Tout dépend des cas de figure qui se présentent.

Prérequis et compétences attendues

La question se pose souvent s’il vaut mieux avoir une expérience aéronautique avant d’entrer en sélection en vol. Et si c’est le cas, s’il faut avoir engrangé un maximum d’heures de vol.

Lors des phases de présélection il est bien vu de montrer que l’on a déjà une expérience aéronautique (BIA, aéromodélisme, planeur, ULM, avion, etc…). Cela montre que l’intérêt aéronautique est réel et que le pilotage nous plait.

Néanmoins la présélection et la sélection s’adressent à des “ab-initio“ et la Marine défend le fait qu’une expérience aéronautique n’est pas obligatoire.

Si avoir un bon sens de l’air est un plus, les qualités recherchées sont plus de cet ordre :

  • Application stricte des procédures
  • Rapidité d’apprentissage
  • Bonne restitution
  • Capacité de remise en question
  • Progression au cours de la sélection

Certains cas de figures ont montré que des candidats avec beaucoup d’heures dans le civil ont échoués par manque d’adaptation ou de remise en question vis-à-vis des procédures employées dans l’aéronavale.

La Marine recherche des pilotes capables de mener à bien leurs missions en garantissant le plus haut niveau de sécurité.

Les vols de pré-orientation par filière

Les EOPAN qui réussissent la sélection auront encore quelques vols à réaliser. Il s’agit des vols de pré-orientation par filière. Leur objectif est de déterminer la spécialité qui sera le plus adaptée pour chaque candidat.

Y sont pratiqués des vols en formation en CAP-10 et des navigations à basse altitude en SR20.

Cours à l’école navale

A l’issue de leur sélection, les élèves participeront au stage FIO. (Formation Initiale Officier) C'est une formation théorique sur le métier d'officier. Elle leur donnera également une connaissance globale sur la marine et sur l'éthique du militaire.

Remise des demi-ailes et début des cursus de formation

La fin du passage à Lanvéoc est symbolisée par la cérémonie de remise des demi-ailes. Première insigne reçue par les EOPAN, elle représente l’intégration dans l’aéronavale et le début de leur formation de pilote.

Les élèves sont donc orientés dans leurs cursus respectifs. A savoir :

  • Le full US
  • Le cursus avion FR
  • Le cursus hélicoptère

L’orientation se fait en fonction des besoins de la Marine, des compétences des candidats et de leurs envies.

Les différents cursus de formations durent de 3 à 5 ans et se concrétiseront par l’affectation en Flottille.

Prêts à passer à l’action ?

Si jamais vous souhaitez candidater à la sélection EOPAN, j’ai rédigé un petit guide qui détaille tout le parcours de A à Z.

Pour le recevoir, il vous suffit de remplir le petit formulaire ci-dessous :

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